Sociologie des Médias

Radio : les auditeurs en représentation

11 juin 2009 | Travaux | Aucun commentaire

Mon livre vient de sortir.

Lien vers ma maison d’édition : Le Bord de L’Eauhttp://www.editionsbdl.com

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Radio : les auditeurs en représentation

Les coulisses de Bourdin And Co et du Téléphone Sonne

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Collection “Penser les médias” dirigée par Antoine Spire
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Format : 15 x 23 — 230 pages
ISBN: 978-2-35687-035-3

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Parution : 22 mai 2009
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Prix de vente public : 18 € TTC
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Les émissions radiophoniques d’information convoquant la parole de l’auditeur : un espace public à déconstruire

12 mai 2009 | Travaux | Aucun commentaire

Première intrusion dans les coulisses de Bourdin and Co et du Téléphone sonne

Les émissions radiophoniques d’information convoquant la parole de l’auditeur : un espace public à déconstruire.
La parole de l’auditeur à la radio : entre logiques éditoriales et logiques médiatiques.

Mémoire réalisé dans le cadre du master recherche de Sciences po Rennes (action et espaces publics en Europe) primé par l’INA dans le cadre du prix d’encouragement à la recherche 2008.

Résumé du mémoire :

Les émissions de radio convoquant la parole de l’auditeur sont au cœur d’un paradoxe : elles sont anciennes (la première date de 1927) mais elles relevaient initialement uniquement du divertissement. Une seconde étape a été franchie lorsque les “émissions divan”, les émissions de confidence, comme celle de Ménie Grégoire, sont arrivées sur les ondes. Désormais, les auditeurs s’expriment également dans des programmes d’information. L’histoire de la parole de l’auditeur est donc celle d’un long processus de décloisonnement.

Ce travail, dans la lignée des travaux de recherche sur l’espace public, questionne les émissions forums, autrement dit abordant l’actualité et dont le contenu repose sur la parole de l’auditeur, à l’aune des théories de l’espace public. C’est le Téléphone sonne, diffusé sur France Inter, et Bourdin and Co sur RMC qui constituent le corpus (émissions des 6 et 7 décembre). Une fois le recueil de données empiriques achevées, la problématique a été également orientée vers les logiques éditoriales et médiatiques à l’œuvre dans les dispositifs d’émission forum. C’est la notion de contrat de communication médiatique de Patrick Charaudeau qui a été mobilisée : “la finalité du contrat de communication se définit comme une finalité double, en tension entre deux visées qui correspondent chacune à une logique symbolique particulière : une visée du faire savoir, ou visée d’information à proprement parler, qui tend à produire un objet de savoir, selon une logique civique : informer le citoyen ; une visée de “faire ressentir”, ou “visée de captation”, qui tend à produire un objet de consommation marchande selon une logique commerciale : capter le plus grand nombre pour survivre à la concurrence, mais aussi éthique : séduire pour éduquer[1]“.

La méthodologie de ce travail repose sur des entretiens couplés à des observations, ainsi que sur une analyse de corpus. Le but est de cerner “la machine médiatique” dans au moins deux de ses lieux : les entretiens et les observations éclairciront le lieu des conditions de production du discours, tandis que l’analyse de corpus renseignera le lieu de construction du discours.

Au final, il ressort que le dispositif du Téléphone sonne est proche de celui d’un débat, du moins dans son dispositif verbal. C’est le thème, problématisé, qui est au cœur du dispositif, au détriment de l’auditeur dont la parole peut faire figure d’alibi. Cela s’explique par le fait qu’à France Inter et pour Alain Bédouet, c’est la visée d’information du contrat de communication médiatique qui doit l’emporter. La visée de captation est cependant de plus en plus présente, ce qui pourrait modifier la nature du dispositif et a des conséquences sur les modalités d’intervention des auditeurs. Ils parlent de leur territoire personnel et émettent des opinions. Le dispositif du Téléphone sonne glisse donc vers un dispositif de type forum.

Le dispositif de Bourdin and Co correspond à celui d’une émission forum. C’est l’animateur qui maîtrise le dispositif qui met en scène une parole dotée en portée émotionnelle pour répondre à la visée de captation du contrat de communication médiatique. Par ailleurs, RMC, qui diffuse Bourdin and Co, a généralisé les émissions convoquant la parole de l’auditeur : c’est le format talk choisi pour sa garantie d’audience. Ceci afin de mieux capter l’auditeur, en se centrant sur lui, ce qui n’est pas sans conséquence sur la façon dont RMC produit de l’information. En effet, l’angle privilégié par la Rédaction est centré sur les conséquences sur l’individu des événements : le récepteur est toujours présent en filigrane.

Les émissions convoquant la parole de l’auditeur s’inscrivent donc dans les logiques éditoriales et journalistiques, déterminées dans le lieu des conditions de production du discours médiatique (par les journalistes-animateurs et les directeurs de station entre autres). L’auditeur est contraint de se soumettre à ce dispositif, peu importe la visée du contrat de communication médiatique que sert le dispositif. Les standardistes ont un rôle clef pour permettre l’ajustement, la coïncidence entre les interventions des auditeurs et le dispositif. Ainsi, cette ouverture de l’espace médiatique n’est même pas synonyme de démocratisation de l’espace médiatique. Mais surtout, cette “ouverture verrouillée” constitue aussi un moyen de revalorisation, une occasion de redéfinition et de relégitimation de la profession de journaliste.

D’autre part, il ressort que loin d’élargir l’espace public compris comme lieu d’échanges d’arguments rationnels, les émissions convoquant la parole de l’auditeur contribuent simplement à publiciser des paroles de témoignages, d’opinion ou de critiques, dans l’espace public médiatique. Ces paroles ont peu de valeurs in fine : un profane reste un profane et les propos d’un expert ou d’un porte-parole ont toujours plus de valeur symbolique et de portée. Réduire la distance entre tous ces acteurs peut être vu comme une forme de populisme qui dessert le profane in fine. Les discours des acteurs associant démocratie, citoyenneté et émissions forum ne sont que des stratégies de justification : ils se servent de la démocratie.

[1] P. Charaudeau, Le discours d’information médiatique, la construction du miroir social, Nathan, Paris, 1997, p.73.

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 Laura Morillas

Laura MorillasCe blog a pour but de faire connaître mes travaux sur les médias et la communication

Lauréate du concours d'attaché territorial, j'aimerais désormais mettre mes connaissances au service d'une collectivité locale

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