Le Nouvel Observateur

Le Printemps de Beyrouth à travers les lunettes du Nouvel Obs et d’Esprit

10 mai 2009 | Travaux | Aucun commentaire

Le cadrage médiatique du Printemps de Beyrouth (mobilisations au Liban durant l’année 2005) par Esprit et le Nouvel Observateur.

Le processus de cadrage obéit à différentes dynamiques. D’une part, il y a les logiques de fonctionnement des médias qui ont besoin de mobiliser des images d’Epinal, simples, pour capter l’attention du public, ce qui peut avoir des effets pervers car cette pratique gomme l’épaisseur historique d’un événement, sa singularité. D’autre part, le positionnement du média, dans le champ médiatique et son identité ont une dimension structurante certaine, dans la mesure où ils entraînent la formation de présupposés d’analyse, surtout dans le cas d’Esprit. En effet, les cadres mobilisés pour décrire les mobilisations divergent peu du régime routinier : l’explication est toujours axée sur les structures du pouvoir, conformément aux valeurs d’Esprit. Néanmoins, le regard supplémentaire d’acteurs libanais comme Joseph Bahout va affiner la perception du sens des événements. Il souligne la dimension civile de ce mouvement, puisant dans le référentiel mouvement social, sans toutefois employer des mots propres à la science politique, conformément là encore au positionnement d’Esprit, qui veut certes produire de la connaissance, mais accessible à un “large” public, contrairement au discours scientifique produit par les chercheurs spécialisés. Ainsi, il ressort que d’autres facteurs interviennent comme les facteurs individuels (connaissance ou attachement au Liban).

En outre, il ressort, à travers l’exemple du Nouvel Observateur, que c’est surtout la position du journaliste dans la Rédaction, sa fonction, qui est déterminante dans la manière de produire de l’information. Ainsi, plus qu’une homologie entre le média et le cadrage des mobilisations de 2005, il y a une homologie entre la position du journaliste dans la rédaction et sa manière de construire l’information, qui s’explique par la diversité des composantes du métier de journaliste, et qui va conditionner le sens produit par le journaliste pour expliquer les faits. C’est le journaliste le plus spécialisé, qui est “sur le terrain”, Farid Aïchoune en l’espèce, qui a un regard qui colle le plus aux événements, en centrant son cadrage sur les mobilisations et sur la dimension populaire des changements. Les envoyés spéciaux ponctuels, comme Sara Daniel dans le cas du Nouvel Observateur, ont un regard plus caricatural et les rubricards produisent, depuis Paris, une analyse éloignée des faits, donnant dans un discours géopolitique. Le point de vue de Jean Daniel et de Jacques Julliard est également éloigné des faits. Ces deux “personnalités” du magazine proposent explicitement une manière de les lire, conformément aux finalités des éditos et des chroniques.

[1] Levallois A., art. cit.
[2] Rieffel R., op. cit.

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 Laura Morillas

Laura MorillasCe blog a pour but de faire connaître mes travaux sur les médias et la communication

Lauréate du concours d'attaché territorial, j'aimerais désormais mettre mes connaissances au service d'une collectivité locale

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